Rites d’agriculture.

AUX ORIGINES
DES
SAINTS DE GLACE

Celles et ceux qui cultivent n’apprendront rien. Mais pour faire court, vous devriez penser aujourd’hui au roi Numa, et au dieu Robigus. Je vais vous dire pourquoi. Vous connaissez les saints de glace ? Mamert, Pancrace et Servais : on les prie depuis l’an 474, pour que le froid ne ravage pas les champs. Un dicton dicte : « Servais, Pancrace et Mamert (retour à la ligne) Font à eux trois un petit hiver. »

Aujourd’hui est la saint Mamert, qui éteignit de ses larmes un incendie qui ravageait la ville de Vienne. Qu’on prie un saint de Vienne pour que les cultures soient bonnes, n’est peut-être pas sans lien malicieux avec le fait que le grand patriarche de la cuisine française moderne, Fernand Point, soit un homme de Vienne. Agriculture et cuisine : Janus à deux visages.

Le gel, donc.

On fête, en France, depuis donc une dizaine de siècles, à partir de demain au quatorze, ce qu’on appelle les Rogations. Rogations : car les prêtres, suivis des fidèles et des cultivateurs, « tournent » autour des champs pour chasser le froid, les maladies et obtenir « la sérénité de l’air et la fécondité de la terre. »

Réparties sur trois jours, les Rogations doivent garantir successivement les trois principales récoltes de la région : généralement fenaisons, moissons et vendanges.

Je vous donne déjà le dicton de demain, le douze :

Les trois saints au sang de navet
Pancrace, Mamert et Servais
Sont bien nommés les Saints de Glace
Mamert, Servais et Pancrace
.

En Bretagne par exemple, c’était un vrai bail, car les évêchés de Cornouaille et de Vannes, séparés à un endroit par un ruisseau, se disputaient les faveurs et la statue du saint (Servais). « Froment à la Cornouaille ! » criaient les uns. « Blé noir aux Vannetais ! » répondaient les autres, et ils se bâtaient littéralement. Ces saintes batailles ont été interdites au XIXe siècle : elles faisaient trop de morts.

Le troisième jour était en réservé à la bénédiction des vignes.

Au cour de ces trois jours, il arrivait que le prêtre lance dans les champs à protéger des petits cailloux qu’il bénissait, pendant que les fidèles chantaient les litanies, ou des croisettes de cire : on les nommait le « fumier de curé ».

Les collations, destinées à redonner des forces aux processionnaires qui faisaient le grand tour, se sont ici et là changées en véritables repas puisque l’Église dut intervenir : « Les curés s’appliqueront tout particulièrement à empêcher l’abus de boire et de manger pendant les processions et d’acheter en chemin des provisions de bouche. »

Donc les gens se la collaient comme il faut visiblement.

Et tout ça pour dire que les Rogations sont une christianisation des Robigalia : crées selon la légende par le roi romain Numa (VIIIe siècle av. J.-C.), où l’on priait le dieu Robigus, dieu des cultures céréalières et de la gelée, d’épargner les champs de la rouille (en latin : rubigo ou robigo, donc Robigus est littéralement le dieu de la rouille des céréales) et de la nielle des blés, qui sont des maladies cryptogamiques (causées par un champignon).

Et bien sûr, les Robigalia elles-même descendent de fêtes grecques : telles que les Thesmophories, célébrées en l’honneur de Déméter. Il y a tellement de fêtes grecques anciennes dédiées à la terre et aux cultures qu’on en resterait là pour aujourd’hui.

Bref, aujourd’hui est le commencement d’une série de trois jours fêtée depuis des jours sans visage.

Bref, tournez autour de vos champs, et remerciez la terre.

Post-scriptum : Je dois la plupart de ces informations à un vieil almanach ayant appartenu à ma grand-mère maternelle Marie-Paule Larène, née Hardouin.

jt


En savoir plus sur graille.media

Abonnez-vous pour recevoir les derniers articles par e-mail.

Laisser un commentaire