Plasticité culinaire.
LES NOURRITURES PÉCHERESSES
Je passe tous les jours devant le MacDonald’s du boulevard Magenta à Paris. Je regarde la clientèle et je m’étonne : qui sont ces gens ? Une part de pitié me prend. Je les juge, et je sais qu’il ne faut pas : car qui n’est pas faible une fois dans l’an ?
Mais… mâche molle, goût sans vie ni lumière. N’existent plus les champs, les feuilles, l’air bleu, et les verts plus verts que verts du printemps. La voix des Syracusaines s’est estompée… et l’homme des champs, celui peint par le Virgile de Clamart, repose à l’ombre sous la mousse. Le foie gémit et se crispe sous l’assaut du sucre, et sous la cavalerie des graisses. Tout est faux. Quelle colère, quelle fuite, quel renoncement t’as égaré là ? Ne préfères-tu pas t’abstenir, avec un autre et subtil délice, que de t’abîmer, avec cette misère, cette morgue, cette mort…
sauf si… finalement… moi aussi, je… ?
Car je peux énumérer ces jours où ma chair m’ordonne d’aller au bout de la ligne treize, pour faire souffrir (avec envie) ma santé d’un sandwich grand comme mon bras, ruisselant de diableux sucs rouges, de gras saturés en meute, de sodium raffiné et de poules roumaines, dans ce snack au nom de nombre : le si bondé 129 à Saint-Denis.
En Belgique, pour donner un exemple presque intéressant et contredisant cette attaque en vacuité : feu Quick s’est certes inspiré de la tradition culinaire belge et ce n’est pas complètement à jeter à la poubelle, ces bas burgers sauce carbonnade : quoique tout euro dépensé dans ces Zara culinaires est un euro volé aux vrais restaurateurs. Une participation au patrimoine gastronomique… intéressée, pas gratuite, et maculée.
Un grand trait barre la phrase suivante. Mais la conclusion demeure : le jeûne n’a-t-il pas meilleur goût que cette cuisine botoxée ? Avec une écriture fourchue, comme griffonnée à deux doigts par un Grimod ou un bougre faustisé, on lit au bas de la page, ponctué par un très grand point d’exclamation final : Sauf une foi dans l’an !
jalt
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